La disparition d’espèces, animales ou végétales, fait partie de l’évolution, c’est une conséquence de la sélection naturelle. Elles naissent, se développent et s’adaptent plus ou moins bien, meurent, sans que cela soit forcément préjudiciable à la biodiversité : ainsi, sans la disparition des dinosaures il y a 65 millions d’années, le cours de l’évolution des mammifères aurait certainement été différent... et ce ne serait peut-être pas l’Homme qui dominerait le globe aujourd’hui. Les dinosaures sont un exemple bien connu, mais pas isolé : des centaines de millions d’espèces animales qui ont vécu sur Terre ces derniers 600 millions d’années, seulement 0,1% existent encore aujourd’hui !
Les raisons de la disparition d’une espèce peuvent être multiples et variées : chasse ou prédation, modification des conditions de milieu, concurrence d’autres espèces mieux adaptées...
Au-delà de l’évolution naturelle des espèces, il s’est déjà produit selon les paléontologues cinq phases d’extinction massive d’espèces [1].
Ces grandes crises ont des origines aujourd’hui encore en grande partie inconnues. On pense à des conjonctions de causes diverses (activité volcanique, chute de météorite, changement climatique, modification de l’oxygénation ou de la salinité des océans, modification de l’atmosphère, dérive des continents, inversion du champ magnétique terrestre, etc.) provoquant des changements dans les conditions de milieu, auxquels certaines espèces n’ont pas le temps de s’adapter.
| Période | Date (millions d’années) | Durée (millions d’années) | Principales espèces disparues | Proportion d’espèces disparues |
| fin de l’ordovicien | - 440 | 0,5 | animaux et végétaux, surtout marins | 60% |
| fin du dévonien | - 365 | 7 | poissons, algues | 60% |
| fin du permien | - 250 | 1 | reptiles, amphibiens, insectes | 90% |
| fin du trias | - 145 | 0,1 à 5 | reptiles, gastéropodes et bivalves | 20% |
| fin du crétacé | - 65 | 5 à 10 | dinosaures, reptiles, fougères géantes, ammonites | 50% |
Elles sont suivies par des périodes d’accroissement du nombre des espèces : adaptation des survivants aux nouvelles conditions et apparition de nouvelles espèces.
Des scientifiques estiment que nous vivons actuellement la sixième crise biologique. Cette appellation est justifiée au vu du nombre d’espèces aujourd’hui menacées. Mais cette crise est en revanche inédite par sa cause, unique, l’activité humaine, ainsi que par la rapidité du phénomène : le rythme de disparition des espèces est 100 à 1 000 fois plus élevé que le rythme naturel.
La liste rouge des espèces en danger d’extinction publiée par l’IUCN [2] nous fournit des chiffres affolants : en 2004, un oiseau sur huit, un mammifère sur quatre, un amphibien sur trois, trois insectes sur quatre ou huit crustacés sur dix sont menacés de disparition [3].
Ces chiffres ne sont que des évaluations, à manier avec prudence, selon l’IUCN. Le pourcentage total d’espèces menacées atteint les 41% du nombre d’espèces dont les chances de survie ont été étudiées. Mais il tombe à 1% si on le calcule à partir du nombre total d’espèces décrites. Le chiffre réel se situe donc quelque part entre ces deux valeurs. Et nous sommes de plus très loin d’avoir référencé toutes les espèces vivant sur notre planète [4] : on estime connaître plus de 90% des mammifères par exemple, mais on pense n’avoir identifié qu’environ 10% des insectes [5]. Calculer des pourcentages dans ces conditions est un peu hasardeux.
Mais même en s’en tenant aux chiffres bruts, on arrive à des valeurs effrayantes, puisque 15 503 espèces sont en voie d’extinction sur notre planète, et que ce chiffre est en constante augmentation : elles étaient 10 533 en 1998... Et ces chiffres ne concernent que les espèces connues : on estime que ce sont dans l’ensemble 50 à 100 000 espèces qui disparaissent chaque année. Des scientifiques estiment ainsi très sérieusement que de 15 à 50 % des espèces animales et végétales pourraient avoir disparu de la surface de la Terre d’ici cinquante ans.
Notons encore que les disparitions ne sont pas réparties également à la surface du globe : les zones les plus exposées sont situées dans les régions équatoriales. Selon les chiffres de l’IUCN, l’Equateur abrite 2151 espèces menacées, quand l’immense Canada en compte 74. En Europe, ce sont également les pays les plus méridionaux qui sont les plus touchés par le phénomène : l’Espagne avec 153 espèces menacées, le Portugal avec 148, la France avec 120, juste devant l’Italie, qui en compte 114.
La rapidité des extinctions actuelles, nous l’avons dit, n’a aucune commune mesure avec celle des cinq premières crises. La différence, c’est que loin de s’expliquer uniquement par des causes naturelles, elles sont cette fois principalement dues à l’activité humaine :
Les conséquences de la disparition massive d’espèces vont bien au-delà du chagrin que l’on peut ressentir à l’idée de printemps sans hirondelles ou des bambouseraies sans panda.
Elle réduit d’abord la biodiversité, c’est à dire la richesse du patrimoine naturel. Nous avons dit plus haut que les disparitions d’espèces peuvent être bénéfiques à la biodiversité, en donnant leur chance à d’autres formes de vie, comme ce fut le cas pour les mammifères après la disparition des dinosaures. Mais nous savons aussi, grâce à l’étude des cinq grandes crises préhistoriques, que dix millions d’années sont en moyenne nécessaires pour compenser les effets d’une crise. Dix millions d’années, c’est évidemment beaucoup trop pour que l’Homme puisse espérer tirer des bénéfices de la crise actuelle [7]. Or nous ne savons pas de quelles espèces nous aurons besoin à l’avenir pour nos recherches agronomiques, médicales... scientifiques en général.
Elles mettent de plus en jeu le fonctionnement même des écosystèmes, qui résulte d’équilibres fragiles : la disparition d’une espèce, même modeste et de peu d’importance apparente peut condamner toutes celles qui dépendent d’elle, prédateurs qui n’auront plus rien à manger, parasites qui disparaîtront avec leur hôte, plantes qui dépendent d’elle pour leur propagation... Ce phénomène est appelé co-extinction. La disparition de quelques espèces peut donc ruiner le fonctionnement de l’écosystème, induisant un effet boule de neige incontrôlable. Or, si nous avons l’impression pour nombre d’entre nous de vivre dans un environnement entièrement artificiel, nous avons encore besoin de la nature, qui assure une série de services indispensables à notre survie : régulation des climats, épuration de l’air, production d’eau potable et approvisionnement des nappes phréatiques, décomposition et recyclage des déchets formant les sols arables, protection des sols contre l’érosion, maintien des cycles biogéochimiques, contrôle des parasites, virus et autres maladies, etc [8]...
Pour ces raisons, la disparition accélérée d’espèces sauvages a des répercussions sur la survie de l’homme lui-même.
Homo sapiens n’est évidemment aujourd’hui aucunement en risque d’extinction. Nous n’avons jamais été si nombreux sur Terre, et même si la majorité d’entre nous vit dans de très mauvaises conditions, tous les démographes s’accordent à dire que les Hommes continueront à se multiplier dans les prochaines décennies. Et pourtant, des signes inquiétants s’accumulent... L’espérance de vie, qui grâce aux progrès de la médecine augmentait globalement, a baissé entre 1975 et 1995 dans 16 pays comptant au total 300 millions d’habitants. La mondialisation permet la diffusion à très grande échelle de poisons mortifères, comme les pesticides, aux effets souvent découverts après leur mise en oeuvre. Les effets à moyen terme des rayonnements électromagnétiques ou des OGM ne sont absolument pas connus, alors même que tout le monde ou presque a déjà un téléphone portable et que les grandes firmes de l’agro-alimentaire peuvent vendre au même moment la même variété de maïs transgénique sur tous les continents...
Je ne peux bien sûr pas appuyer cette vision apocalyptique de l’avenir de l’Homme sur aucune donnée concrète, ce ne sont que des spéculations personnelles [9]. Mais ne devrait-on pas sérieusement se demander comment nous réussirons à survivre dans un monde où nos plus proches cousins dans le monde animal, les grands primates, sont sérieusement menacés à moyen terme ?
Une fois listées les causes d’extinctions d’espèces... eh bien, il n’y a plus qu’à les résoudre ! Ce qui ne sera pas si simple, une bonne partie de ce problème se posant à l’échelle de la planète tout entière. J’ai tenté de résumer ci-dessous ce que chacun de nous peut malgré tout s’efforcer de faire au quotidien. La liste est loin d’être complète, envoyez-nous vous idées !
| Cause | Solutions globales | Actions individuelles |
| agriculture intensive | favoriser une agriculture biologique plus respectueuse des milieux | consommer des produits locaux et de saison, issus de l’agriculture biologique, ou cultiver soi-même ses légumes ! |
| destruction des forêts équatoriales | stopper la déforestation | boycotter les bois exotiques |
| réchauffement climatique | limiter les émissions de gaz à effet de serre | limiter sa consommation d’énergies fossiles |
| pollution | réglementer l’usage des polluants | boycotter les sacs plastiques, préférer des produits non polluants pour nettoyer sa maison, laver son linge... |
| chasse | réglementation et contrôle de la chasse, mise en place de réserves | ne pas consommer d’espèces en voie de disparition, ne pas laisser la nature aux chasseurs ! |
De manière générale, l’humanité devrait comprendre qu’elle a encore besoin de la nature, et devrait s’efforcer d’en comprendre les fonctionnements, la gérer et non pas l’exploiter sans vision à long terme. Ce sont des belles paroles un peu creuses, je le sais, mais je suis aussi convaincu que chacun de nous, à notre niveau, avons d’innombrables occasions quotidiennes de les mettre en œuvre, individuellement ou collectivement...
[1] Pour en savoir plus sur le sujet : Les extinctions périodiques des espèces Page 1, Page 2 et Page 3 sur http://www.astrosurf.org/.
[2] The World Conservation Union (voir leur site).
[3] Voir le tableau complet Numbers of threatened species by major groups of organisms (1996-2004).
[4] On soupçonnait par exemple depuis longtemps l’existence du Calmar géant, mais il a été filmé pour la première fois il y a à peine quelques semaines : voir l’article de notreplanete.info. Cela signifie aussi que de nombreuses espèces non encore identifiées disparaissent sans aucun doute tous les jours sans que personne ne s’en rende compte.
[5] Voyez ce tableau récapitulatif pour plus de détails.
[6] Les chasseurs aiment à se présenter comme des gestionnaires des milieux naturels, mais les exemples sont nombreux d’extermination d’animaux par les armes, des bisons ou des rhinocéros aux baleines, en passant par les pigeons, dont la chasse au cours de la migration a un impact significatif sur l’évolution de la population, comme le démontrent les relevés menés par l’association Orgambidexka Col libre.
[7] La durée de vie moyenne d’une espèce est d’environ 4 millions d’années.
[8] Lisez notre article sur l’étude sur le sujet menée pour le compte des Nations unies : Evaluation des écosystèmes pour le millénaire.
[9] Même si je ne suis pas le seul à nourrir ces inquiétudes, voir http://www.futura-sciences.com/news....