Greenpeace a récemment publié une enquête sur la contamination de la chair des anguilles en Europe par différents polluants, dont les PCB (polychlorobiphényles). Les concentrations trouvées sont inférieure à la norme européenne aussi cette étude ne conclut pas à la toxicité de ces produits pour l’anguille ou les hommes qui consomment ces dernières.
La famille des PCB est composée de 209 molécules différentes. Elles ont été utilisées entre 1930 et 1992 (date de leur interdiction en France) dans les transformateurs, les condensateurs, comme fluide hydraulique, comme liquide de refroidissement et pour diverses autres applications (laques, matières synthétiques...). Chauffés à 400°C, les PCB se décomposent en... furanes et dioxine, encore plus toxiques.
Les PCB ont des effets chroniques entraînant des dommages du foie, des effets sur la reproduction et la croissance, et des possibilités de cancer. Ils sont classés par le gouvernement en tant que substances probablement cancérogènes pour l’homme. Toute la série d’effets néfastes est aussi reconnue pour les animaaux, notamment toxicité pour la reproduction, immunotoxicité et cancérogénicité. La toxicité des PCB est en premier lieu provoquée par les 12 congénères qui ressemblent à la dioxine (dioxine like) et ont une toxicité semblable. Les autres PCB ont également des propriétés toxiques, mais dans une moindre mesure. Au fait dioxine like, cela ne vous dit rien ? L’explosion et les empoisonnés de Seveso, le problème des incinérateurs, les scandales en Belgique, le Président ukrainien empoisonné par ces substances...
Les PCB ne sont pas biodégradables ! Dans les organismes, ils ne sont pas excrétés, il y a bioaccumulation. C’est à dire qu’à chaque ingestion, la quantité présente dans l’organisme augmente d’autant. Donc dans la chaîne alimentaire, les animaux carnassiers sont beaucoup plus contaminés que les consommateurs primaires. On en retrouve jusque dans la graisse des orques de l’Arctique, région pourtant peu contaminée par nos activités.
Greenpeace a analysé des poissons provenant du lac de Grandlieu (une réserve naturelle en Loire-Atlantique). L’organisation écologiste n’a pas cherché au bon endroit, en tout cas en France. Sans doute au grand soulagement des autorités qui, j’en apporte la preuve, connaissent des sites ou les teneurs en PCB dépassent les nouvelles normes européennes et les recommandations de l’OMS.
Un exemple : en 2001 puis en 2002, l’Administration luxembourgeoise réalise une étude de la contamination de la chair des poissons par différents polluants non biodégradables. Les PCB y sont clairement identifiés comme les principaux polluants persistants.
L’Etat luxembourgeois, en application du principe de précaution, déconseille la consommation de poissons pris dans la Moselle et en informe ses voisins dans le cadre des Commissions Internationales pour la Protection de la Moselle et de la Sarre (CIPMS).
En mai 2004 les 3 pays riverains de la Moselle organisent une campagne d’analyses des sédiments et de la chair des poissons. Les résultats sont connus depuis fin 2004 et publiés ces jours ci !
En se basant sur des valeurs indicatrices en terme de quantités hebdomadairement admissibles, de poissons contaminés, publiées en 2001 par le Comité scientifique de la sûreté alimentaire de l’Union Européenne il convient de ne pas consommer d’anguilles de la Moselle plus de... 3 à 10 fois par an selon les sites (sur la base d’une portion de 230g pour un homme de 70 kg) ! Voyez le tableau 7.2.5.1, page 60.
Pourquoi est-ce que personne n’en a parlé ?
Parce que ce seuil de toxicité n’est pas encore une norme (les discussions sont en cours à Bruxelles). La seule norme française date de 1988 (Arrêté du 16/02/1988) avant qu’on ne découvre la toxicité aigüe des PCB dioxine like et alors que pour des raisons de coût des analyses, on n’analisait pas les différents congénères séparemment. Sur la Moselle, les concentrations de PCB dans les anguilles, s’approchent de cette norme sur quelques sites, mais ne la dépassent pas.
Toutefois, les services de l’Etat se sont préparés et un communiqué de presse est déjà rédigé, mais non publié. En voici la conclusion :
« [...] à la lumière des soupçons qui pèsent à l’heure actuelle sur les PCB en ce qui concerne leurs effets sur les fœtus in utero ou sur les nourrissons via l’allaitement maternel lorsque la mère est intoxiquée de façon chronique, et sur les jeunes enfants, il est recommandé aux femmes enceintes et allaitantes et aux jeunes enfants de ne plus consommer les anguilles pêchées dans la Moselle et ses affluents ». Moi cela me fait peur !
Mais je suis peut-être alarmiste en ce qui concerne les éventuels consommateurs humains d’anguilles (ou des autres poissons gras comme le brochet, le sandre ou le silure). Mais qui s’interroge sur la survie des anguilles ? Cette espèce est en voie d’extinction. Avec ce degré de contamination, les anguilles de la Moselle ne vivront certainement pas assez longtemps pour se reproduire. Nous pouvons bien ne plus consommer d’anguilles pour ne pas développer de cancer. Mais restera-t-il un jour des anguilles à manger, même contaminées ?
Savez vous que malgré leur interdiction depuis 1992, il existe encore des cas de pollutions par les PCB ? En effet, tous les transformateurs notamment chez des particuliers mais surtout à EDF et Réseau Ferré de France n’ont toujours pas été remplacés !
Pour conclure, nous payons (pour l’éternité ?) la mise sur le marché de substances chimiques comme des isolants (l’amiante), des pesticides (le DDT avant-hier, l’atrazine hier, le round-up aujourd’hui), voire des médicaments bien qu’en principe plus contrôlés (cas de l’hormone de croissance) dont on nous vante les bienfaits mais dont on ignore absolument tout des effets sur notre santé. Aujourd’hui le principe de précaution fait partie de la constitution française. Nous attendons la loi qui permettra de rendre illégale toute nouvelle molécule tant que sa nocivité n’aura pas été scientifiquement écartée !
La directive européenne REACH est insuffisante, elle aurait autorisé en son temps, les PCB et elle autorisera certainement les batteries ORB en Phényltriéthylammonium. Monsieur REACH, c’est quoi le Phényltriéthylammonium, avez-vous testé les effets de cette molécule (et de ses dérivés de dégradation) sur l’environnement ?
