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L’ours dans les Pyrénées

un témoin des problèmes de gestion de l’espace montagnard
Johan, le jeudi 9 juin 2005
 

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La mort de l’ourse Cannelle au cours d’une chasse en battue le 1er novembre dernier a provoqué en France mais aussi chez nos voisins espagnols un émoi important. Le sujet a tenu durant quelques jours la une de la scène médiatico-politique française et a suscité depuis de nombreuses réactions dans la presse et les forums associatifs ou thématiques. Les uns y manifestent leur colère, d’autres leur déception, certains y stigmatisent le laxisme des pouvoirs publics, dénonçant la duplicité de certains acteurs locaux, d’autres brandissent un nouvel avatar du complot anti-écologique, d’autres encore cherchent à expliquer les raisons et les conséquences de cet événement à l’aune de leurs propres expériences ou connaissances. Connaissant un peu la problématique de l’ours dans le massif pyrénéen je propose ici d’essayer de recadrer certains faits et d’apporter au lecteur quelques éléments d’analyse.

Etat des lieux de la problématique ours :
le contexte et les acteurs

Récemment ont été prises deux décisions des institutions françaises que l’on pourrait qualifier de prime abord d’“engagements pour l’ours”. La première est l’annonce faite par le Ministre de l’Environnement le 13 janvier dernier de la reprise du programme de réintroduction (5 individus, en priorité des femelles, pour l’année 2005). La deuxième est le rejet en avril dernier du recours posé par une association d’élus pyrénéens (l’ADDIP, soutenue dans cette action par l’Association Nationale des Elus de la Montagne) il y a un an et demi (septembre 2003). Il ne faut pas voir dans ces décisions la victoire d’un hypothétique camp des partisans du retour des grands prédateurs en France. Dans le même temps, les autorités ont en effet renouvelé les autorisations administratives d’abattage du loup dans les Alpes (mi-mai). On ne peut que souligner l’apparent antagonisme entre ces décisions. Le retour de prédateurs dans les montagnes pastorales françaises est en effet un sujet d’une grande complexité, propice à l’éclatement de conflits de représentations et à l’instrumentalisation partisane. Les polémiques autour de la préservation de l’ours dans les Pyrénées présentent de larges similitudes avec la question de la recolonisation du loup dans les Alpes, problème qui est en train de s’étendre aux Pyrénées avec l’arrivée de loups depuis l’Espagne. Le sujet des grands prédateurs est investi d’une forte dimension politique puisqu’il a fait l’objet, de manière récurrente ces dernières années, de travaux d’information ou d’enquête au sein des commissions parlementaires et des services ministériels.

L’ours brun européen (Ursus arctos), n’est pas une espèce considérée en danger immédiat d’extinction, bien que la situation de plusieurs noyaux de population soit préoccupante. Il ne s’agit absolument pas ici de prétendre que la question de la présence de l’ours dans les Pyrénées serait en somme un épiphénomène mais il convient de recadrer certaines idées toutes faites. La race pyrénéenne (race comprise ici au sens de la systématique) était quant à elle déjà condamnée bien avant la mort de Cannelle car le seuil de survie du pool génétique de cette population a été atteint depuis déjà longtemps. De l’avis médian des spécialistes, ce seuil est d’environ 10 femelles et 50 individus pour une espèce du type de l’ours brun. A titre de comparaison on peut citer le cas du lynx ibérique, une espèce considérée actuellement au seuil critique de l’extinction puisque ses effectifs sont passés sous la centaine d’individus cette année. En fait, l’ours pyrénéen était déjà condamné dès les années 1970 et la disparition de Cannelle n’a fait que mettre en évidence l’extinction. Mais cette mort est avant tout chargée d’une portée symbolique, renforcée par la disparition quelques mois plus tôt de l’ours Papillon qui était le plus âgé des ours pyrénéens.

Parler d’ours dans les Pyrénées signifie donc parler de réintroduction même si plusieurs naissances d’ours génétiquement typés pyrénéens ont eu lieu en Béarn dans les années 1990. Il faut comprendre que le programme conclu en 1993 (volet d’un programme plus vaste de préservation d’espèces faunistiques dans le massif pyrénéen, conclu entre l’Union Européenne et les gouvernements français et espagnol) et initié en 1996 dans la haute vallée de la Garonne était non pas un renforcement de la race pyrénéenne, comme on fait souvent l’erreur de le présenter, mais était destiné à reconstruire un noyau ursin pyrénéen viable sur l’ensemble du massif. L’éventualité du croisement avec des spécimens autochtones, si elle n’a pas été exclue, était en fait peu crédible sur le plan scientifique. Cette distinction est importante car c’est là que se situe l’un des éléments du litige entre les "pro" et les "anti-ours" puisque du point de vue de ces derniers, il a été opéré une substitution de population.

Il convient d’abord de ne pas céder aux mirages d’une représentation plaçant le chasseur comme archétype du destructeur de la nature, représentation volontiers partagée par les autres usagers du milieu naturel (pas seulement d’origine urbaine) et qui a d’abord pour objectif de détourner l’attention des autres des impacts induits par ses propres pratiques. Le chiffre de trois ours abattus en dix ans par des chasseurs, à l’échelle d’un massif de quatre millions d’hectares n’est pas exceptionnel et ne traduit pas une attitude irresponsable en matière cynégétique. Il est cependant considérable pour les Pyrénées vu le faible niveau de la population. Claude (tué en 1994) et Cannelle étaient des ours de souche pyrénéenne et ont été abattus en Béarn. Parmi les “slovènes”, seule Melba a fait les frais de sa rencontre avec un chasseur. Les trois ours ont globalement été tués dans les mêmes conditions : chasse en battue en lisière de zone vitale, avec pour Melba et Cannelle, le fait que l’on connaissait leur position et que l’on savait qu’elles étaient suitées (c’est-à-dire qu’elles étaient accompagnées de leurs oursons). Vis à vis de l’activité cynégétique l’enjeu de protection est a priori assez simple : il faut éviter que se déroulent des chasses en battue en zone sensible en période de pré-hibernation, ce qui a été très largement compris, accepté et mis en pratique par les usagers. Aussi, pour quelques chasseurs plus égocentriques que malveillants, ce qui rappelle que tous ne sont pas encore vraiment sensibilisés aux implications de leur activité, il serait regrettable de condamner l’ensemble d’une catégorie d’acteurs qui a fait beaucoup pour la protection de l’ours et plus généralement pour la préservation de la nature dans le massif pyrénéen comme ailleurs.

Il convient de même de ne pas faire un faux procès aux chasseurs sur la question de leur participation à la préservation de la biodiversité. Tout acteur fonctionne par intérêt. L’engagement des chasseurs dans ce domaine leur a permis de retrouver une certaine légitimité comme gestionnaire de la nature et de remplacer d’anciens registres de légitimation désormais caducs. Revendiquer un statut de technicien de gestionnaire de la nature et donc, d’expert, sert évidemment à justifier la pratique de leur loisir. Mais il ne faut pas oublier qu’il en est de même pour tous les usagers de la nature. Les naturalistes par exemple, dont beaucoup ont vu dans les espaces protégés un idéal tout autant utopique que celui d’une nature harmonieusement gérée par les seules pratiques cynégétiques. On rencontre le même processus chez les alpinistes qui ont souvent développé une propension affirmée à s’approprier l’univers minéral de la haute montagne sous le prétexte d’en être les seuls vrais connaisseurs et pratiquants. L’artifice rhétorique du “patrimoine naturel” n’est bien souvent qu’une construction sociale destinée à faire correspondre l’espace à ses propres représentations et pratiques. Or d’une part il n’y a pas d’utopie plus légitime que d’autres (chacune s’employant d’ailleurs très souvent à délégitimer celles des autres) et d’autre part, si par souci de reconnaissance les chasseurs entendent techniciser leur activité dans une perspective médiatique, il n’en reste pas moins qu’ils sont bel et bien l’une des sources véritables de connaissance du milieu naturel. Comme l’explique l’ethnologue Sergio dalla Bernardina, la question est moins de savoir ce qu’est la nature, car tout discours sur la nature est finalisé, il n’y a pas de discours objectif donc il n’est pas possible de mettre d’accord les différents référentiels (chacun a sa dialectique, qu’il est souvent impossible de faire dialoguer complètement avec les autres), mais à quoi sert la nature. Donc pour pouvoir avancer, on doit se plonger dans la notion d’effectivité de la gestion de la nature.

Quelle place pour l’ours dans les Pyrénées ?

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Manifestations autour de l’ours
En haut, rassemblement d’opposants aux ours introduits, (août 1999 à Foix) : élus, usagers et éleveurs inquiets du retour des grands prédateurs en montagne. En bas, manifestation d’Oloron (novembre 2004), suite à la mort de Cannelle

Ces précisions étant apportées, on comprend mieux l’importance de la question de la pression anthropique sur le milieu de vie de l’ours, celle-ci variant fortement d’un secteur à l’autre des Pyrénées. Dans un massif comme les Pyrénées, qui bien que comparativement moins aménagées que les Alpes, sont néanmoins des montagnes fortement humanisées, parcourues et utilisées par différentes catégories d’usagers et d’exploitants, la présence humaine est forte. Ainsi, le problème de fond, comme le soulignent plusieurs protagonistes de la problématique de l’ours dans les Pyrénées, est celui de l’utilisation de la montagne, ce qu’en termes savants nous appelons les choix d’allocation de l’espace montagnard qui sont formulés par la société. Il se résume en définitive à cette question : l’espace pyrénéen peut-il aujourd’hui intégrer l’ours ?

Ecologiquement d’abord. Il y a un besoin de grands prédateurs dans le massif pyrénéen. Car leur présence contribue notamment à la régulation des populations d’ongulés forestiers, dont les effectifs sont en grande augmentation pour des raisons variées, et qui causent des impacts importants aux milieux forestiers. Mais surtout, l’ours, en tant que grand mammifère, espèce omnivore et prédateur de caractère plutôt opportuniste, est un indicateur de la qualité écosystémique du milieu montagnard. Si celui-ci peut accueillir et intégrer des grands prédateurs, c’est un signe de qualité du degré de complexité du milieu et donc de sa richesse.

Culturellement ensuite. Comme beaucoup d’espèces de la grande faune, l’ours est largement humanisé dans les discours de ses partisans comme de ses opposants. Il est une icône de la nature primordiale et il est à ce titre une incarnation de l’altérité qu’elle représente pour la société. Pour des raisons culturelles, l’espace sauvage (c’est-à-dire non domestiqué) a longtemps été utilisé pour mimer le retour au temps du mythe, en mettant en scène les étapes de l’épopée civilisatrice par les séquences de régression et de régénération, notamment lors du passage des jeunes membres des communautés à l’âge adulte (cf. coutumes de la Grèce antique, coutume de Jean de l’Ours dans les Pyrénées, etc.). En outre, dans les Pyrénées comme ailleurs, l’ours n’était pas seulement considéré comme un nuisible et une incarnation totémique de la nature mais c’était aussi un animal consommé. Par la suite, il a été érigé par la société urbaine post-industrielle en une icône de la nature charismatique du fait de ses caractères anthropomorphes, de son allure débonnaire et de la diffusion de référents culturels anglosaxons. Il est de ce point de vue une “mascotte”, un médiateur entre l’individu “responsable” qu’incarnerait le citadin écologiquement sensibilisé, “l’amoureux de la nature”, et cette dernière.

L’antagonisme qui se cristallise entre pro et anti-ours s’exprime au travers de phénomènes de mythopoiesis, c’est-à-dire le fait de construire un passé imaginaire afin de justifier son point de vue et ses pratiques contemporaines. C’est le cas de ceux qui imaginent dans un passé indéterminé, un âge d’or de la “cohabitation pastorale” entre éleveurs et ours (et souvent il ne s’agit bien sûr pas d’éleveurs) ; il en est de même, du côté des opposants, pour ceux qui recherchent dans l’”ursité pyrénéenne” des spécificités territoriales démontrant l’inadaptation des spécimens de la souche réintroduite dans les Pyrénées Centrales. Le constat est qu’à l’heure actuelle, les initiatives sont toujours nombreuses pour se débarrasser d’une manière ou d’une autre des grands prédateurs. Comme le fait remarquer l’écrivain et guide pyrénéen Patrice de Bellefon, “l’éradication de l’ours participe, quelque part, dans un inconscient collectif à la socialisation urbaine sans cesse valorisée”. Ce phénomène motive le fait que l’ours soit aujourd’hui d’abord perçu par la plupart des usagers et socioprofessionnels de culture montagnarde comme un handicap. Que cette représentation soit instrumentalisée et/ou exacerbée par certains décideurs ne change rien au fond du problème car elle n’est pas spécifiquement ancrée dans une relation antagonique entre le montagnard et l’ours mais sur un sentiment de dépossession et de stigmatisation. L’homme qui vit au quotidien, dans son travail notamment, une relation avec la nature, se sent souvent exclu culturellement et (c’est moins le cas maintenant) en pratique, du débat et des décisions relatives à la gestion des enjeux de protection de l’environnement.

Economiquement enfin. On peut observer que certains acteurs locaux ont bien compris le parti qu’il y avait à tirer de l’utilisation iconographique de l’ours en terme de communication et de valorisation médiatique ou marchande. D’ailleurs il y a un nombre non négligeable de socioprofessionnels (éleveurs, accompagnateurs en montagne, hôteliers) qui cautionnent, au moins dans le discours, la présence de l’ours comme en témoignent les dizaines de contractants ayant souscrit aux démarches utilisant l’ours comme label, du type du fromage Pé Descaous en Béarn ou des “chartes qualité” de l’ADET en Pyrénées Centrales.

L’impact causé par la prédation sur les troupeaux est à examiner dans le détail. Il est nettement inférieur aux dégâts infligés par les chiens (errants ou non) et les événements naturels (orages, chutes) sans oublier les maladies. Il l’est également à la prédation causée par le loup dans les Alpes (dont les dégâts sont en constante augmentation depuis 1993, atteignant 2 000 têtes en 1999). Cependant les mouvements de contestation motivés par ces dégâts ont été parfois très vifs, à l’image de ceux survenus en Haute Ariège en 1999, en Pays Toy en 2001 et en 2003. Le phénomène est à chaque fois identique : c’est la survenue d’un événement “hors normes” qui déclenche la polémique : des attaques ayant entraîné des dérochements de troupeaux entiers ou encore des attaques pratiquées en “zones domestiquées” comme ce fut le cas dans des bergeries de printemps (c’est-à-dire dans des secteurs de moyenne montagne, proches d’habitations) en vallée de Barèges.

Les pratiques pastorales sont souvent invoquées comme facteur explicatif de l’ampleur ponctuelle de ces dégâts. Elles le sont pour partie, comme en Pays Toy où l’évolution structurelle de l’élevage s’est orientée vers des formes d’organisation de plus en plus extensives, sans gardiennage, beaucoup d’exploitants y étant en fait des double-actifs. Ainsi, bien souvent, derrière la mobilisation anti-ours, les éleveurs cherchent d’abord à manifester les difficultés de leur métier, qui tiennent pour partie aux modes locaux d’organisation de cette activité. La question de la sécurisation pastorale est l’un des points d’achoppement de la problématique. Les différentes techniques (présence d’un ou plusieurs bergers, chiens patous, clôtures mobiles, systèmes d’effarouchement lumineux et sonore, pistage) impliquent des moyens importants. En Béarn mais aussi en Bigorre, une insuffisance de radio-pistage des ours a souvent été dénoncée par les éleveurs et leurs organisations. Le suivi radiotélémétrique (suivi par collier émetteur) n’étant plus pratiqué depuis plusieurs années, beaucoup d’éleveurs se considèrent sous pression constante. Pourtant, un suivi très régulier des ours est effectué par les membres d’un réseau spécifique de veille, suivi ayant permis par exemple de localiser la présence de Cannelle et de son ourson sur la commune d’Urdos la veille de l’accident de l’automne dernier.

L’évocation d’une nécessaire évolution structurelle des exploitations et des pratiques pastorales ne suffit cependant pas à dissiper le problème. Car les aides apportées aux éleveurs dans le cadre du programme de réintroduction sont l’arbre qui cache la forêt. Même si une minorité d’éleveurs ne sont pas contre l’ours - sa présence ayant aidé à pérenniser certains postes de bergers et contribué à diminuer les pertes - un élément important du débat, et souvent absent, est celui de la transformation du métier d’éleveur en celui de prestataire de service environnemental, ce qui est aux yeux des pastoraux l’aspect le plus important de l’évolution de l’agriculture de montagne depuis trente ans.

Aussi, l’existence d’outils de transaction (aides techniques, compensations financières), revendiquée par les militants pro-ours comme les instruments de la conciliation, est certes utile mais elle ne règle pas tout. Elle a été testée depuis plus de vingt ans en Béarn où elle n’a pas permis véritablement le partage d’un contrat sur le long terme, malgré un support structurel théoriquement favorable, l’élevage laitier-fromager qui y est pratiqué impliquant une présence humaine quasi constante en montagne en période d’estive. Le cas béarnais est très intéressant du fait des stratégies de louvoiement conduites dans cette région depuis le début des années 1990, à la fois par les locaux mais aussi par l’Etat. Le fait que l’accident de l’automne dernier soit survenu en Béarn revêt des implications spécifiques puisqu’il a mis au jour les lacunes et les dysfonctionnements des organismes qui avaient obtenu des pouvoirs publics la gestion de la problématique ours depuis une dizaine d’années : l’IPHB (Institution Patrimoniale du Haut Béarn) qui est un syndicat mixte assisté d’un conseil élargi de représentants socioprofessionnels, administratifs et associatifs, mais également le GIC Montagne, structure fédératrice des associations locales de chasse du Haut-Béarn et d’une partie du Pays Basque.

Au sein de l’IPHB, les refus de renforcement (formulés à plusieurs reprises depuis 1998, date du premier projet) ont été à chaque fois motivés par un désaccord entre les locaux et le Ministère de l’Environnement sur la question des éventuels “ours à problèmes” (ceux causant des dégâts trop importants ou trop répétés, ce qui pose d’autres questions techniques sur la connaissance du comportement des ours, et bien sûr, sur leur traduction pratique...), ce qui a longtemps servi de prétexte à certains représentants professionnels pour signifier l’opposition de l’ensemble de la profession pastorale à l’éventualité d’un renforcement. La population ursine du Béarn diminue régulièrement depuis 1990 malgré quelques naissances. Après plusieurs périodes de tension voire de crise ouverte entre ses membres, l’accord auquel étaient parvenu en interne l’IPHB début 2004 (les élus ayant notamment été mis sous pression par les financeurs, notamment le Conseil Régional et l’Etat) portait sur le principe d’un renforcement si pouvait être confirmée l’hypothèse d’une insuffisance de population en Béarn, notamment concernant les femelles pour lesquelles avait été fixé un seuil de 2 individus. A cette époque, tout le monde savait que Cannelle était la seule femelle présente, on peut donc dire que les partenaires étaient d’accord pour l’introduction d’une nouvelle femelle au moins. C’est dire les difficultés de la concertation autour de cette question puisqu’il aura fallu 10 ans pour que soit pris un engagement concret. Mais stigmatiser l’IPHB revient aussi à nier les difficultés de ce site, dans ces vallées où l’arrivée en 2001 de l’ours Néré, issu de la réintroduction et venu des Pyrénées Centrales, avait fait grand bruit et suscité des polémiques, Néré ayant visiblement entraîné le départ du vieux mâle Papillon, ours emblématique du Béarn.


Si de nouvelles introductions ne sont pas pratiquées, le risque d’extinction des noyaux de population, non seulement en Béarn mais dans l’ensemble du massif, reste très élevé, l’effectif global étant pour l’instant nettement insuffisant pour pérenniser la présence de l’ours. Dans cette brève note, je n’ai fait qu’effleurer les principaux éléments participant de cette problématique mais il en existe d’autres. On pourrait bien sûr évoquer les enjeux liés à la gestion forestière ou encore le rôle des routes transpyrénéennes, causes de fragmentation des habitats d’espèces et de dérangement. Il serait également pertinent de s’attarder sur les différences culturelles, politiques et économiques entre les vallées, tout comme sur l’histoire des différentes initiatives de développement montagnard à travers la chaîne. Chacun apporte des explications contextuelles ou factuelles. Mais tous renvoient à une idée forte, c’est que la question de la présence de l’ours dans les Pyrénées, comme le prétend M. De Bellefon, est bien et avant tout un enjeu d’écologie humaine.

Si le thème de la relation société-ours vous intéresse, voici quelques liens et références bibliographiques :


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