Lors d’une de ses premières déclarations, Stephen Harper, le nouveau Premier Ministre canadien, a réaffirmé la souveraineté du Canada sur ses eaux territoriales arctiques. Revendiquer un bout de banquise pourrait paraître anecdotique, mais est au contraire révélateur de la course au pôle à laquelle se livrent les pays riverains de l’Océan Arctique.
Ils se trouve en effet que les glaces polaires fondent, et que cela donne à cette région du globe de nouveaux atouts.

Deux couloirs de navigation empruntent déjà l’Océan Arctique (en pointillés sur la carte) le long des côtes de la Russie et de la Norvège pour l’un, du Canada et de l’Alaska pour l’autre. Mais ils ne sont pas très sûrs, et ne sont ouverts qu’à la belle saison, lorsque les glaces ont reculé suffisamment pour ouvrir le passage.
Or, il suffit d’imaginer un Océan Arctique libre de glaces, comme représenté sur la mappemonde ci-contre, pour comprendre tout l’intérêt qu’il présente : c’est de loin le chemin le plus court pour relier la Chine à l’Europe, par exemple. Les pays riverains (Canada, Danemark, Etat-Unis, Norvège et Russie) sont donc très attentifs à leurs intérêts stratégiques dans cette zone appelée à se développer.
Mais s’il ne s’agissait que de faire passer des bateaux... Hélas, encore une fois, du pétrole est en jeu. Beaucoup de pétrole, même, puisque les réserves de l’Arctique pourraient représenter jusqu’à 10 % des réserves pétrolières mondiales. Elles sont aujourd’hui inexploitables, en raison des glaces qui recouvrent la surface de l’eau une bonne partie de l’année. Mais tout le monde pense déjà à la manière de s’assurer une bonne part du gâteau une fois les glaces fondues... au besoin en déplaçant les frontières.

Les frontières entre pays riverains sont aujourd’hui déterminées selon la règle des eaux territoriales, et définissent une zone internationale (aujourd’hui presqu’entièrment gelée toute l’année : la zone blanche sur la carte représente l’extension minimum moyenne de la banquise) n’appartenant à personne.

Différents projets de nouveaux découpages de frontières circulent donc en ce moment, mais n’ont pas encore donné lieu à de véritables négociations internationales. L’un des plans prévus consiste à reprendre la solution choisie dans la division de l’Antarctique : prolonger jusqu’au pôle les limites internationales, et diviser celui-ci comme un camembert.
Un autre projet maintiendrait le principe des eaux territoriales, mais, pour réduire l’extension de la zone internationale, prendrait comme limite non plus la côte terrestre (d’ailleurs appelée à se modifier au rythme de la montée des eaux) mais la limite du plateau continental. Certains des pays riverains ont donc entamé une cartographie précise des fonds marins de l’Arctique, afin de mieux défendre leurs intérêts lors de la prévisible modification des tracés frontaliers.
Si comme moi vous vous inquiétez de l’avenir de la planète, et si la fonte de la banquise vous semble un signe préoccupant du réchauffement climatique mondial, sachez donc que vous n’êtes pas les seuls à avoir conscience du problème. Les gouvernants de quelques-uns des pays les plus puissants de la planète en ont bien pris la mesure.
Mais sachez aussi que loin de diminuer les émissions de gaz à effet de serre, ils vont au contraire continuer à développer les transports tous azimuts et l’usage immodéré du pétrole, deux des causes principales du dérèglement climatique.
Moi, cela me stupéfie : gagnent-ils vraiment beaucoup à détruire notre planète ?