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Le changement climatique, c’était hier

Ysengrin, le vendredi 23 juin 2006
 

Mots-clés

Moi je t’offrirai des perles de pluie
Venues d’un pays où il ne pleut pas
Jacques Brel

Toutes les informations que l’on peut réunir sur le thème du réchauffement climatique du globe convergent : la température monte de plus en plus vite, et a déjà de graves conséquences.

Cyclone... vous avez dit cyclone ?

Je reprends et tente de compléter un article [1] qui n’a qu’un peu plus d’un an mais est déjà daté. J’en extrais par exemple la phrase suivante, elle vous aura peut-être mis la puce à l’oreille : « Aucun changement notable dans l’intensité et la fréquence des tempêtes tropicales et extratropicales ou dans l’intensité des tornades, des orages ou des chutes de grêle n’a été en revanche constaté. ».

Or l’année 2005 a vu exploser tous les records en matière de cyclones :

Cela ne signifie pas forcément que nous risquons à l’avenir de vivre dans une Europe régulièrement dévastée par de terribles tempêtes. Mais cela prouve à coup sûr que de profonds changements sont en route, qu’ils sont extrêmement rapides puisqu’ils sont déjà statistiquement sensibles à l’échelle d’une année, et que nous n’y comprenons à peu près rien.

Quand le courant ne passe plus

Tout le monde s’accorde à lier ces cyclones plus puissants et plus nombreux au réchauffement de l’Atlantique Nord et probablement à la perturbation conséquente des courants sous-marins, puissants régulateurs climatiques. En deux mots, le système climatique régional se dérègle. On peut s’arrêter une seconde sur les courants sous-marins pour illustrer un effet possible de ce dérèglement.

Le principal courant de l’Atlantique Nord est le Gulf Stream (non, je n’ai pas écrit Clearstream [2]). C’est un courant d’eau chaude qui remonte du golfe du Mexique, traverse l’Atlantique, longe les côtes de l’Europe, et se disperse dans les froides eaux polaires. Or il semble que le réchauffement global de l’océan perturbe son écoulement... ce qui pourrait paradoxalement amener à une baisse de la température moyenne de l’Europe de 5° C.

Il ne faut donc pas s’imaginer le temps de demain comme celui d’aujourd’hui en un peu plus chaud, mais bien un climat perturbé, ne fonctionnant plus comme nous en avons l’habitude, avec des effets différents selon les régions. Si l’expression "réchauffement climatique" est correcte au vu de la hausse globale du thermomètre, localement, l’expression "perturbation climatique" serait plus adaptée. En combinant les scénarii les plus pessimistes pour l’avenir, on pourrait par exemple imaginer le futur climatique européen divisé entre les régions du nord du continent sous l’influence du climat polaire, plus froides en raison de la disparition du Gulf Stream, et une Europe du sud influencée par les masses d’air tropicales, donc plus chaude et en voie de désertification, voire ravagée par des tempêtes tropicales...

Pendant ce temps là, la glace fond

Les ravages de Katrina ou les hoquets du Gulf Stream ne sont pas les seuls indices de l’emballement du thermomètre. De fait, dans tous les domaines, chaque nouvelle recherche vient aggraver les résultats des études précédentes. Le Groënland par exemple, perd sa calotte glaciaire trois fois plus vite que précédemment mesuré. Et le GIECC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) prépare pour 2007 un nouveau rapport global qui exposera que les conclusions du rapport précédent, publié en 2001, sont déjà caduques et à revoir à la hausse. En attendant le rapport suivant...

D’accélération en accélération, dans combien de temps rejoindra-t-on les prévisions apocalyptiques de James Lovelock ? Bien sûr, il semble bien que ce monsieur travaille pour le lobby nucléaire, mais il reste un scientifique reconnu à travers le monde entier, et il prévoit une élévation de 8 degrés de la température globale en 2050. A ce moment-là, l’ensemble de la terre sera devenue impropre à la vie humaine, et les quelques milliards d’humains survivants se concentreront autour d’un océan Arctique ayant atteint plus ou moins la température de la Méditerranée.

Y a pas de cerises en Alaska !

Cette perspective est d’autant moins réjouissante qu’il ne faut pas rêver à une Arctique ombragée de Pins parasols centenaires et d’Oliviers millénaires : si ce bouleversement se produit en moins de cinquante ans, à peu près aucune espèce méditerranéenne, animale ou végétale, n’aura le temps de s’adapter et de gagner les environs du Cap Nord pour y remplacer les espèces locales disparues. C’est-à-dire que nous devrons survivre dans des landes bordant une mer à peu près morte, uniquement peuplées des rares espèces qui se seront adaptées à la brutalité du changement.

Ces chênes que l’on n’abattra plus...

Le processus semble déjà (fort mal) engagé pour le... Chêne ! Toutes les espèces du genre Quercus qui regroupe les chênes, éléments indispensables de paysages innombrables du Nord de l’Europe au bassin méditerranéen sont frappées d’un mal mystérieux. Vous imagineriez la forêt du Tronçais peuplée d’arbres morts ? Vous concevriez les plaines de l’Alentejo Portugais sans ses alignements de Chêne liège ? Vous accepteriez de vivre sans le jamón Pata Negra, de cochon noir nourri au gland de Chêne vert ? Eh bien il semble qu’il faille s’y préparer.

Tous ces chênes sont malades, fort malades, d’un bout à l’autre de l’Europe, la faute au réchauffement climatique. Un innocent champignon parasite du Chêne, l’Oïdium, avec lequel il a jusqu’ici plus ou moins bien cohabité, parait soudain en mesure de lui faire la peau. Il semblerait tout bêtement que la température montant, le champignon, plus réactif que le chêne, commence sa croissance légèrement plus tôt dans la saison. Et qu’au lieu d’étendre ses filaments dans les tissus déjà solides de feuilles déjà grandes, il s’attaque au contraire à des bourgeons, à un moment où l’arbre est plus fragile (lire les explications de l’Inra). Et celui-ci en meurt. En masse. En 2004 déjà l’ONF (document PDF) évoquait des taux de mortalité de 10 %, des forêts lorraines aux massifs de L’Esterel. Au Portugal, certaines plantations de chêne-liège ont déjà perdu 20 % de leurs arbres.

Ecosystème ? Est-ce que j’ai un gueule d’écosystème ?

Ce cas me semble une bonne illustration de la complexité des rapports entre espèces au sein de l’écosystème, et de la façon dont le changement climatique peut dégrader celui-ci. Reprenons notre scénario catastrophe ci-dessus et imaginons une Europe brutalement soumise au froid venu du pôle et à la sécheresse venue des tropiques. Les espèces exigeant de l’eau migrent vers le nord, celles craignant le froid vers le sud... alors qu’elles dépendent les unes des autres et que le fonctionnement de l’écosystème exige leur présence à toutes.

Ainsi, si une espèce peut migrer et survivre, ce sera beaucoup plus difficile pour l’écosystème dont elle fait partie, puisqu’une migration d’un biotope dans son ensemble suppose que toutes les principales espèces le constituant migrent au même rythme et dans la même direction. Ce qui semble compliqué dans le cas de ce climat perturbé décrit ci-dessus.

Cette mise en danger des écosystèmes à l’échelle de la planète me semble une conséquences redoutable à moyen terme du réchauffement climatique, car un bon fonctionnement des écosystèmes, nous en avons déjà parlé est indispensable à notre survie.

Demain, c’était hier

Nous n’avons en matière de réchauffement climatique aucune marge de manoeuvre : nous n’avons pas anticipé le phénomène et nous en découvrons les conséquences au fur et à mesure de leur apparition. On pourrait même dire que nous avons une décennie de retard sur l’évolution du climat : un système de la complexité du climat planétaire possède une inertie telle que les événements d’aujourd’hui sont le produit de nos actes d’il y a dix à quinze ans. Même en stoppant aujourd’hui tout type d’activité préjudiciable à la stabilité climatique, nous verrions donc sans doute la température de la planète continuer à monter pendant ce laps de temps, et dépasser la limite fatidique des 2° C d’augmentation, au delà duquel les conséquences seraient sensibles pour l’humanité.

Et quand nous serons demain confrontés à des phènomènes aussi graves que la mort d’écosystèmes entiers, transformant des régions en désert, nous serons aussi démunis que contre les cyclones ou les maladies du chêne aujourd’hui.

Parallèlement, la prise de conscience de la menace progresse, c’est vrai. Mais progressera-t-elle aussi vite que le mercure ? Et se traduira-t-elle par des mesures concrètes ? Aujourd’hui, au vu de la déforestation en Amazonie, du rythme d’industrialisation en Chine ou de la courbe de vente de véhicules 4x4 chez nous, et en considérant que nous avons déjà dix ans de retard, il est difficile d’entretenir de grands espoirs.

[1] Voir Changements climatiques, où en est-on ?. Ne jamais oublier de s’auto-citer. :D

[2] Hum. Désolé, pas pu m’empêcher.


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