Comme nous en parlions dans une brève (lire la brève), l’INRA a réalisé une expertise sur l’impact des pesticides sur l’environnement. La lecture du dossier sur les pesticides paru dans La lettre de l’INRA de janvier 2006, nous amène à l’analyse suivante.
Les pesticides impactent :
les "mauvaises" herbes (quelle est la définition de "mauvaises" herbes ?)
les maladies fongiques
les insectes ravageurs (aussi appelés bio-agresseurs)
Selon l’INRA, les cycles répétés d’une même culture ou d’un même type de culture ne permettent pas de rompre le développement de ces bio-agresseurs. La végétation dense favorise la propagation des maladies et l’utilisation d’engrais profite aux "mauvaises" herbes.
Mais en regardant le problème sous un autre angle, on peut trouver facilement des solutions en mettant en place des règles simples pour les techniques de culture : cela s’appelle l’agriculture raisonnée.
Revenons quelques instants aux pesticides. Leur emploi sur de grandes surfaces permet le développement de population d’insectes résistants et les pesticides deviennent inefficaces. Il faut alors utiliser d’autres pesticides, plus puissants et c’est la surenchère. Les insectes eux aussi surenchérissent et deviennent résistants à ces super-pesticides.
Cette méthode simple du "toujours plus" engendre des dommages collatéraux. Prenons l’exemple du Régent avec les abeilles, elles n’étaient pas visées directement par ce pesticide, pourtant ce sont les premières victimes avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur la pollinisation, la flore et la faune. Depuis les années 60, les vers luisants, les hannetons, grillons et sauterelles vertes ont disparu de bien des régions.
Des études ont mis en évidence une augmentation de certains cancers associés à l’utilisation des produits phytosanitaires. Les herbicides, dérivés des hormones végétales, tels le 2,4 D ont été particulièrement étudiés et ont été associés à un excès de lymphome, de sarcome des tissus mous et de cancer de la prostate. L’utilisation d’insecticides (organochlorés ou organophosphorés) a également été montrée comme entraînant un risque plus élevé de leucémies et de sarcome des tissus mous. Il est démontré une augmentation du risque de cancer de l’ovaire associé à l’utilisation d’herbicides de la famille des triazines.
D’après des chercheurs de l’Inserm (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale), ils sont aussi suspectés d’être responsables de la baisse de la fertilité masculine chez l’homme mais aussi chez l’animal.
Les agriculteurs qui utilisent des pesticides en sont les premières victimes. D’après l’ARC, les plus exposés professionnellement aux pesticides ont 2,6 fois plus de risque d’être atteint de tumeur cérébrale (parmi les tumeurs cérébrales, le risque de développer un gliome est multiplié par 3,2). La Mutualité Sociale Agricole met également ses adhérents en garde contre les cancers mais aussi la maladie de Parkinson.
Malheureusement, il est difficile de se passer de pesticides dans certaines productions. La demande en produits finis zéro-défaut impose de sur-protéger leurs cultures, particulièrement en arboriculture. Qui voudrait d’une pêche ou d’une pomme difforme et abimée ?
De plus, les agriculteurs sont souvent affiliés à des coopératives pour tous les avantages que cela leur apporte : vente des produits, réduction sur le prix des semences et des pesticides, etc... Ce sont ces coopératives qui proposent les programmes phytosanitaires à suivre. Si les agriculteurs ne suivent pas ces recommandations, ils risquent de perdre certains des avantages liés à la coopérative, ce qu’ils ne peuvent pas se permettre en général.
La réglementation bien que de plus en plus stricte est insuffisante :
Les tests de toxicité sont réalisés par les firmes et non pas par des labos indépendants,
les tests sont incomplets, il n’est pas demandé d’étude de l’effet de la substance sur le développement fœtal, l’immunologie, la bioaccumulation dans les chaînes alimentaires,
les effets cumulés de différentes molécules ne sont jamais testés,
etc
Et si aujourd’hui, seules des molécules biodégradables en 1 ou 3 ans (selon leur toxicité) sont autorisées, l’usage annuel de ces produits sur une même parcelle annule l’effet de cette réglementation. Par ailleurs, il reste encore dans notre environnement, de très nombreux produits utilisés par le passé (les cas du DDT et de l’Atrazine) sont les plus connus.
Qu’est-ce que l’agriculture durable ?
L’agriculture durable s’engage dans une démarche écologique, économique et sociale pour assurer la production de nourriture, de bois et de fibres.
Cette démarche passe, entre autre, par une réduction des pesticides utilisés. Cette simple mesure permet de réduire les charges sur l’exploitation, de limiter la pollution des sols et de l’eau, et de (réduire) les impacts sur la santé des personnes et des êtres vivants.
Prenons en exemple un élevage bovin laitier, la simple décision de faire paturer les vaches et de ne plus les élever dans une stabulation, permet d’obtenir les avantages suivants :
Ces méthodes peuvent être appliquées tout ou en partie selon les choix de l’exploitant, elles nécessitent peu ou pas d’investissements, voire même permettent de les réduire.
L’agriculture durable peut aussi être appliquée aux céréaliers, aux viticulteurs et autre maraîchers qui sont de bien plus gros consommateurs de pesticides.
L’agriculture durable permet d’améliorer la protection de l’environnement : moins de pesticides, tout en obtenant des avantages intéressants pour l’agriculteur : meilleure rentabilité de son exploitation et allègement de la charge de travail.
D’autres solutions existent également pour réduire l’utilisation des pesticides, comme la lutte biologique, mais elles nécessitent plus d’investissements et de préparation.
Si vous avez d’autres exemples, n’hésitez pas à les déposer dans les commentaires de cet article.
L’impact des pesticides est aujourd’hui scientifiquement prouvé. Il n’est pas toujours facile de leur trouver une substitution. Pourtant, il faudrait faire un effort pour réduire leur utilisation car certains pesticides utilisés il y a des dizaines d’années continuent leurs dégats encore aujourd’hui, et nous ne connaissons pas encore les impacts de ceux utilisés à l’heure actuelle.
Les pesticides essentiellement utilisés par le secteur agricole sont aussi utilisés par chacun d’entre nous dans nos jardins et potagers, en moindre quantité. Mais c’est en faisant chacun un peu qu’à nous tous nous ferons beaucoup.
Sources :
Pesticides, agriculture et environnement : réduire l’utilisation des pesticides et limiter leurs impacts environnementaux
"Agriculture durable : une démarche vers plus d’autonomie" éditions FRCIVAM Basse-Normandie Octobre 2004
définition de l’agriculture durable sur Wikipédia
Le Dossier de Presse - Homme, nature et pesticides -
Les pesticides, réglementation et effets sur la santé en l’environnement