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La « dissuasion nucléaire » française en débat

Levée de rideau sur un tabou
Johan, le mardi 4 octobre 2005
 

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A ne plus en parler depuis la campagne des « essais stratégiques » de 1995, on finirait presque par oublier que la France détient à ce jour quelques dizaines de têtes nucléaires errant au fond des océans. Ce sujet n’est plus médiatique depuis belle lurette et n’a été abordé ces derniers temps, encore que de manière très périphérique, qu’à l’occasion de la polémique soulevée par les collectifs polynésiens demandant des comptes sur les impacts des essais d’Algérie (le magazine L’Express a récemment consacré un papier sur les militaires et personnels irradiés) et de Mururoa.

Les incidences environnementales tout comme la charge socio-économique du nucléaire militaire demeurent des domaines relativement hermétiques, sur lesquels peu de données sont disponibles, fiables et vérifiables, et encore moins souvent divulguées. On ne peut que constater également que des événements potentiellement d’une grande importance et porteurs de lourdes hypothèques, sur lesquels la communauté scientifique est divisée, sont en fin de compte assez peu médiatisés. Au-delà des polémiques sur les conséquences écologiques et sanitaires des essais, se rappelle-t-on que l’accident de Palomarès en 1966 avait contaminé 250 ha ? Qui se souvient que l’une des bombes H perdues lors du crash d’un avion américain en 1968 au Groënland n’a jamais été retrouvée ? Que sait-on exactement des conséquences du naufrage du sous-marin russe le Koursk en août 2000 ou, plus près de nous, de l’accident du sous-marin USS Hartford en octobre 2003 dans les Bouches de Bonifacio ? Se préoccupe t-on vraiment des effets du stockage, dans des conditions très médiocres, de nombreux déchets nucléaires militaires et du dépérissement de plusieurs bâtiments de la marine russe stationnés dans la région de Mourmansk ?

La France possède à ce jour sept sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, aux noms évocateurs comme Le Redoutable ou Le Foudroyant. Cette force de frappe est l’une des composantes du système tripartite originel, qui comportait jusqu’en 1996 un centre de tir terrestre (au plateau d’Albion dans le Vaucluse). La force de dissuasion aérienne n’intervient plus que comme "complément tactique". Nos missiles stratégiques actuels sont des fusées de longue portée (5 à 6000 km). L’arsenal français ne comporte plus de lanceurs sol-sol fixes ou mobiles comme les anciens missiles courte portée au nom lui aussi évocateur, Hadès. Des essais tactiques, sans charge, continuent à être pratiqués. Il est également prévu qu’une nouvelle génération de missile, le M51, soit mise au point pour 2010, le gouvernement en ayant confié la confection au groupe militaro-industriel EADS.

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Essai nucléaire en Polynésie française, 1973 (CEA)

Le colloque organisé les 23 et 24 septembre derniers à Paris par l’association Démocraties, avait le mérite d’ouvrir un espace de discussion sur le sujet trop volontiers ignoré aujourd’hui de « la force de frappe française ». Ayant eu l’occasion d’assister à une partie des débats, je vous en restitue ici quelques impressions.

Qu’ils soient promoteurs ou détracteurs du maintien de la force de dissuasion , beaucoup d’intervenants ont appuyé sur le besoin d’un vrai débat au plan national. Il faut donc se préparer à ce débat qui s’inscrira nécessairement à travers différentes problématiques (impacts environnementaux et sanitaires ; coût budgétaire ; immplications à l’aval sur la recherche-développement et donc sur le nucléaire civil ; débat éthique ; enjeux géostratégiques). Mais le plus important est que ne se reproduisent des situations comme celle des débuts du programme français d’acquisition de l’arme atomique (1956) dont le Parlement n’était alors même pas informé, ou du débat un peu tronqué de 1994/95 sur les essais et la doctrine française au sein de l’Assemblée Nationale.

En liens :

Le site de l’association Démocraties avec le programme du colloque.

Le dossier de l’Express (29/09/2005) sur "Les irradiés de la République"

Une courte analyse de B. Tertrais, spécialiste des questions nucléaires et de géopolitique, sur la dissuasion nucléaire française après la Guerre froide.


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