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Quelle politique pour le transport des marchandises

Qui joue avec notre santé et celle de la planète ?
Onéma, le jeudi 30 juin 2005
 

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L’incendie du tunnel du Fréjus est un drame qui a fait 2 victimes. Le tunnel restera fermé pour une durée encore indéterminée, mais probablement pour de longs mois. Cette fermeture entraîne désormais un afflux de poids lourds au tunnel du Mont-blanc. Le Fréjus absorbait en moyenne entre 3.600 et 5.500 camions par jour avec des pics à 8000 camions/jour !

Au tunnel du Mont blanc, second point de passage routier entre la France et l’Europe du Nord vers l’Italie, depuis l’incendie meurtrier du 23 mars 1999, le plan de circulation limite la fréquentation à 240 camions par heure dans les deux sens, pour respecter une distance de 150 mètres entre chaque véhicule. Cela représente le chiffre théorique de 5.760 camions par jour. Avant ce nouveau drame il passait en moyenne 1300 camions sous le Mont blanc. Le trafic a déjà triplé !

Parmi les slogans des manifestants contre cette augmentation du trafic, on remarquait notamment "non au tout camion" et "urgence : le fret doit passer par les mers, les rails et les fleuves".

Le problème ne se limite pas à la perte de tranquillité d’un des plus beau site de montagne et de ses habitants.

Le problème c’est celui de l’environnement sonore, de la sécurité routière, de l’augmentation de l’asthme, de notre santé d’une manière générale et bien sûr, de l’effet de serre. C’est donc un problème d’environnement, de santé publique et d’aménagement du territoire.

En effet, selon WWF France, le trafic de marchandise doublera d’ici 2015 ! Selon les chiffres du ministère des transports, le tonnage de marchandises chargées en France ne cesse d’augmenter (+2 à 3 % par an). La voie d’eau et le ferroutage restent stables, alors que la route voie ultra dominante (95% du tonnage) ne cesse de progresser.

1998 1999 2000 2001 2002
Fer 88 87 91 81 83
Voies navigables 24 26 27 25 27
Route 1702 1812 1844 1916 1968
Total 1814 1923 1962 2022 2078
Quantités de marchandises transportées en France (millions de tonnes)

Bien sûr la voie d’eau ne passe pas partout et on ne peut pas utiliser le train pour les trajets courts. Alors, il convient de ramener le tonnage au kilométrage parcouru. Incroyable, le rail régresse d’année en année et la route progresse encore plus vite ce qui signifie que les camions sont de plus en plus nombreux et font des trajets de plus en plus longs.

Selon la commission européenne « le fret ferroviaire est en déclin depuis 30 ans. En 1970, les chemins de fer transportaient près de 21% des marchandises dans l’Union. Ce taux était tombé à 8,1 % en 2000 en raison des disparités de compétitivité entre le rail et la route ». La France est encore mauvaise élève puisqu’en 2000, le train ne transportait que 4,6% des marchandises ! Depuis 1975, l’activité fret de la SCNF n’a cessé de décliner (passant de 72,4 milliards de tonnes/kilomètre en 1974 à 43,6 milliards de tonnes/kilomètre en 1993). Mais pour faire face à la concurrence de la route, la SNCF a investi dans des filiales dédies au transport routier (comme Calberson ou Bourgey-Montreuil), abandonnant ainsi son service de messagerie ferrée et devenant ainsi le premier transporteur routier ! Ainsi, toute personne qui voyage en train en France et confie ses valises au service "bagage accompagnés" de la SNCF les expédie en fait par camion [1].

« A la tonne/kilomètre le transport routier de fret rejette en moyenne 190 g de CO2 dans l’atmosphère, tandis que le rail en rejette 30 g » soit plus de 6 fois moins (contribution à la mobilité durable)).

Une péniche porte container de grand gabarit charge l’équivalent de 60 camions. « Grâce à cette massification des trafics, la tonne transportée coûte 1,07 centime d’euros soit 17 fois moins cher que la route et 4 fois moins cher que le train ». C’est « un transport écologique car silencieux et peu consommateur d’énergie (2.6 fois mois de gaz à effet de serre que le transport routier) » selon le ministère des transports.

Les solutions existent et fonctionnent.

Connex, une filiale de Véolia, a inauguré lundi 13 juin 2005, la première liaison ferroviaire privée de transport de marchandises (de la chaux) entre la France et l’Allemagne. Cette multinationale n’étant pas réputée pour son abnégation, on peut donc penser que l’activité sera rentable.

Les Suisses ont compris que pour financer les vastes investissements qui permettront aux marchandises de traverser les Alpes sur le rail, la vérité des coûts pour l’usager doit s’appliquer : la redevance poids lourds y est aujourd’hui de 36 euros les 100 kilomètres parcourus. Une loi voté par REFERENDUM et entrée en vigueur en 2004, stipule que seuls les camions destinés à la desserte locale ont le droit de franchir les Alpes suisses, les autres devront être ferroutés. Pour ce faire, le programme Rail2000 visant à revitaliser le réseau ferré a été voté de même que le percement de deux nouveaux tunnels. Le financement de ces infrastructures est assuré à plus de 50% par la redevance poids lourds. En 2004, la part du rail a représenté 2/3 du trafic de marchandise en Suisse !

Appliquer aux transporteurs le principé pollueur payeur, permettra aux produits locaux de redevenir compétitifs. C’est bon pour l’emploi, c’est bon pour la planète.

Quel lobby pouvant bloquer, routes, villes et raffineries, empêche nos ministres et députés de mettre en place une vrai politique durable du transport de marchandises ? Messieurs vous nous avez consultés sur la Constitution Européenne, s’il vous plait, consultez nous (comme en Suisse) sur cette politique essentielle pour l’avenir de l’Europe, de la Terre, de nos enfants.

[1] BOVET Philippe, La route, voie dans issue, dans "Manière de voir", n°81, juin-juillet 2005, p. 22


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