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S’informer pour agir dans le village global

Ysengrin, le samedi 16 juillet 2005
 

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Nous sommes submergés quotidiennement d’informations ingérables venues du monde entier. Comment y faire face et réagir efficacement en faveur de l’environnement, et de notre futur ?

L’épuisement des écosystèmes et des ressources naturelles nous mène vers une crise globale d’une ampleur difficilement imaginable, je n’en doute malheureusement plus guère. Et si vous êtes arrivé/e jusqu’à cette page, il ne doit plus vous rester beaucoup d’illusions non plus.

Crise globale en vue

La fin du pétrole a déjà un énorme impact sur l’activité économique mondiale. Vous pensez peut-être qu’il est trop tôt pour parler de fin du pétrole ? C’est possible, mais en tous cas le pétrole pas cher, c’est (heureusement !) déjà fini !. Avec un baril à 60 dollars, qui monte encore et qui n’a aucune raison de baisser, la fameuse « croissance » que nous attendons tous avec ferveur pour relancer nos économies malades relève de plus en plus du fantasme collectif.

La dégradation de l’environnement n’arrange en rien cette situation déjà difficile. Le rapport publié tout récemment sous l’égide de l’ONU confirme sans ambiguïté pour l’ensemble de la planète ce que tous nous pouvons constater autour de nous au quotidien : la charge des sociétés humaines [1] sur les écosystèmes est trop lourde. Ceux-ci s’épuisent, et par conséquent les ressources naturelles qu’ils nous prodiguent, la purification de l’eau douce ou la régulation de l’ensemble de la biosphère qu’ils assurent ; désertification ou inondation, destruction des milieux, disparition d’espèces, la nature paye déjà depuis longtemps un lourd tribut au "développement".

L’activité humaine, conditionnée par l’état de l’environnement, pâtit à son tour toujours plus de la destruction de celui-ci, dans tous les domaines :

La planète devrait survivre. L’espèce humaine même ne disparaîtra probablement pas. Mais la "civilisation" telle que nous la concevons aujourd’hui ne devrait pas s’en relever.

Et après les constats ? Rien !

Tout cela ce ne sont que des constats, ils sont faciles à faire : il n’y a aujourd’hui qu’à se baisser pour ramasser l’information (principalement pour les 10 % environ de la population ayant accès à internet). Aucune génération n’a jamais eu une telle conscience de l’état du globe dans son ensemble [5].
Bien sûr nous n’avons pas tous la même appréciation de la gravité de la situation. (Comment par exemple évaluer le temps dont nous disposons encore ? Les projections d’avenir sur l’ensemble de la biosphère restent un exercice un peu aléatoire à mon niveau !)
Mais si nous sommes au moins d’accord sur le constat : "la situation est grave, on ne peut pas continuer ainsi " alors pourquoi continue-t-on ?
En principe, à partir d’un constat consensuel, il n’est pas très compliqué de dégager des réponses aux problèmes, et de mettre en œuvre les mesures concrètes adéquates. C’est du moins ainsi que les générations précédentes ont procédé pour relever les défis successifs auxquels elles se sont trouvées confrontées.

Eh bien non. C’est le désert de la pensée, il semble que personne n’a la moindre idée d’un modèle alternatif.

Trop d’info tue-t-elle l’info ?

Les causes de cette apathie générale sont certainement trop nombreuses pour que j’en fasse le tour, et ce n’est pas mon propos. Mais l’excès d’information peut être paradoxalement l’une d’elles. Je suis submergé tout le jour durant de nouvelles innombrables sur lesquelles je n’ai aucune prise (que pourrais-je faire pour les victimes d’un glissement de terrain au Chili, sinon souffrir en vain ?), et c’est une réaction parfaitement naturelle de « fuir » ces informations ignobles venant à flux continu, de les ignorer pour m’en protéger [8]. Et je serai ainsi préparé à ignorer, par lassitude et endurcissement, d’autres informations sur le cours desquelles j’aurais pourtant pu avoir un impact (inondation dans mon département, pollution dans mon canton...).

Demain-la-Terre contribue aussi, à sa très humble mesure, au "stress informatif" (voir le commentaire de cette brève) en répercutant des informations venant du monde entier. Mais d’un autre côté, nous savons ne pas pouvoir ignorer ces informations du bout du monde, car nous avons conscience que l’environnement ne connaît qu’une échelle, la planète. Les systèmes naturels fonctionnent depuis toujours sur le modèle de notre très fameuse et très récente mondialisation.

Alors, comment agir ?

Je ne connais hélas pas non plus les réponses - je ne serais sans doute pas ici en ce moment, si je les avais. Mais je voudrais partager la simple conviction que nous pouvons encore influer sur le cours des choses.

Au niveau individuel

Mon premier niveau d’intervention possible est évidemment ma propre personne, par le contrôle de mon impact sur l’environnement. Notre site tente de vous y aider, en proposant des objets ou des gestes simples à mettre en œuvre au quotidien. Et en vous informant (autant que nous sommes informés) sur les actions, manifs, ou pétitions en cours. (Et vous pouvez d’ailleurs commencer à "agir" dès maintenant avec nous en nous présentant vos idées ! Contribuez ! ;-))

Mais je sais bien aussi que cet « éco-comportement » individuel est loin d’être suffisant : nous faisons partie d’un système cannibale et tous les efforts que nous pouvons faire au niveau individuel ne pourront compenser des choix collectifs, qui s’appliquent souvent à l’échelle planétaire. J’estime par exemple avoir un niveau de consommation assez bas pour un occidental urbain. Mais du fait même de ce mode de vie d’occidental urbain, mon empreinte écologique calculée ici est pourtant de près de 3 planètes - c’est-à-dire qu’une humanité de 6 milliards d’Ysengrin (quelle idée !) mobiliserait trois fois les ressources de la Terre ! Ce n’est pas soutenable !

Agir collectivement

Or, pour peser sur des choix de société, il n’est de manière efficace que collective. L’action doit en effet nécessairement être menée au niveau où l’on prétend obtenir des résultats. Et notre champ d’action est à cet égard immense, allant du voisinage direct à l’Union Européenne [9] (U.E.) en passant par tous les échelons intermédiaires d’organisation sociale, politique, économique (voire religieuse pour ceux qui y croient). Des associations, collectifs, syndicats existent à chacun de ces niveaux, d’autres sont à créer, et il est fondamental que nous nous exprimions sur un sujet qui par définition concerne tous les habitants de la planète.

Penser global, agir local

Mais me placer à l’échelle du globe me renvoie au dilemme déjà évoqué ci-dessus au sujet de l’information : comment, pauvres humains limités que nous sommes, nous organiser efficacement à travers l’immensité du monde entier ? Et comment mener à l’échelle du globe le débat permanent et sans tabou, orienté vers des solutions concrètes et où chacun apporterait ses solutions et ses exigences, qui, je le crois, seul nous permettra d’au moins tenter d’adoucir un peu le futur apocalyptique que je me complais à décrire depuis le début de ce texte ?

Espérer une action collective mondiale me semble totalement utopique : c’est une échelle bien trop vaste pour que je m’y puisse projeter, et les distances, les différences culturelles ou linguistiques sont autant de limites qui seront peut-être un jour vaincues, mais qui aujourd’hui s’imposent encore à nous avec force.

Mais je crois en revanche que la mondialisation n’est qu’une combinaison de causes et conséquences locales, s’appliquant à une échelle restreinte qui les rend possibles à appréhender, définir, et modifier [10]. Et c’est à ce niveau que nous pouvons agir !

Mais des actions menées localement dans une perspective globale ne seront cohérentes et efficaces que coordonnées. A quoi servira par exemple de combattre la pollution d’une usine si le résultat de la lutte est sa fermeture et sa délocalisation dans une autre région aux règles environnementales moins contraignantes ?

C’est pour moi, le sens de ce slogan "agir local, penser global" : la seule façon que nous avons de faire changer les choses est de pousser chacun de son côté, mais tous dans le même sens !

Et maintenant ?

Et maintenant... tout reste à faire, à commencer par lancer les bases de ce réseau mondial d’acteurs locaux dont j’ai tenté de présenter le principe.

Et dans l’immédiat, je serais déjà très heureux (car malgré l’ivresse des grands délires mégalomanes planétaires il faut aussi savoir se contenter de petites choses ;-)) de voir Demain la Terre apporter sa modeste contribution au grand changement que nous devons initier, en devenant un espace d’information et d’échange -d’expériences, d’idées, de théories ou de pratiques... Ce n’est qu’ainsi qu’il pourra dépasser sa grave tare originelle : être strictement virtuel, où aucune action n’est possible... sauf, bien sûr, celle de débrancher son ordinateur pour économiser l’électricité et d’aller voir ses voisins pour enfin s’occuper sérieusement de la dépollution du ruisseau qui traverse le quartier...

...

Ben alors ? Qu’est-ce que vous faites ici ? Vous êtes encore devant votre écran ? :-D

[1] Consommation des ressources naturelles, pollutions, et destructions de milieux essentiellement. Voir Treize années après le sommet de Rio.

[2] Je ne dispose d’aucune donnée sur la fonte des glaciers himalayens. Mais ils subissent sans doute le même sort que ceux du Kilimanjaro ou de l’Arctique.

[3] Si l’évolution des niveaux de pollution se maintient en l’état actuel à Manille, 13 millions d’habitants, l’agglomération de la capitale des Philippines sera impropre à la vie humaine dans dix ans...

[4] Sous l’effet de la sécheresse, des régions entières du Portugal sont aujourd’hui en état de famine virtuelle : le bétail est mort, les récoltes ont séché, les habitants qui n’ont pas d’économies partent. Voyez cet article (en Portugais).

[5] Demandez donc à la concierge de votre immeuble ce qu’elle pense de la fonte des glaces polaires. Je vous parie un Tee-shirt original "Demain la Terre", 100% pur virtuel naturellement, qu’elle trouve ça très inquiétant.

[6] La politique des transports est un bon exemple des ravages du libéralisme sauvage sur l’environnement.

[7] Si si si, c’est vrai... il n’y a certes jamais eu autant de création de richesses dans le monde, mais jamais non plus tant de personnes n’ont été exclues de la jouissance de ces richesses.

[8] Pour Henri Laborit (L’éloge de la fuite) les réactions possibles à une agression sont au nombre de trois : l’agression en retour, la fuite, ou le stress. Si je n’ai pas la possibilité d’agir, la fuite est ma seule échappatoire pour éviter l’état de stress.

[9] Dans un contexte mondial, je voudrais d’ailleurs mettre en exergue l’échelon européen, à mon avis stratégique. L’U.E. est en effet à la fois un ensemble au sein de laquelle la voix des citoyens peut en principe se faire entendre, et un acteur de tout premier plan de l’économie mondiale : nous disposons ainsi au sein de cet ensemble d’une marge de manoeuvre bien supérieure à la moyenne de nos contemporains, et nous faisons par ailleurs collectivement partie, en tant que citoyens européens des principaux destructeurs de l’environnement.
Si l’U.E. toute entière s’engageait demain à établir un modèle alternatif respectueux de l’environnement (et je pense ici à une politique de décroissance) cela ne compenserait certes pas le gaspillage des Etats-Unis ou la surchauffe chinoise, mais aurait certainement un impact sur la santé du globe, ainsi que sur les choix de développement des autres pollueurs de la planète.

[10] Pour être locaux, les problèmes ne sont d’ailleurs pas forcément simples à résoudre. Tous les urbains le savent bien, vivre en ville nous rend entièrement dépendants des circuits de production et de distribution ci-dessus évoqués. Imaginer une ville plus écologique est bien un défi local. Mais c’est aussi une tâche gigantesque, et incontournable quand la majorité de l’humanité vit en ville


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